Rite ou formalisme?

Quel est l’importance de la tradition? Comment s’approprier une tradition pour qu’elle soit vécue de l’intérieure  et non reproduite mécaniquement?

Respect de la tradition

La tradition n’est pas un espace d’expression de soi ou de créativité mais c’est un espace d’habitation. C’est un lieu qu’il faut (ré)habiter re habiter toujours à neuf.

C’est l’inverse du formalisme qui répète les formes de façon extrêmement crispée.

L’homme s’aide de certains gestes ou pratiques ritualisés et organisés selon un ordre défini pour être au monde.

L’être humain n’est pas immédiatement au monde, contrairement à l’animal qui est dans l’immédiateté : il n’y a pas d’espace entre le désir et sa satisfaction, entre le sentiment et sa manifestation. Soit il le formalise ses actions consciemment, avec intelligence et en y pensant : cela devient un rite. Soit, il fait plus ou moins n’importe quoi et l’homme est un animal parmi d’autres.

Le rite est une forme qui ouvre une espace de manifestations. Comme un quadrillage du réel à partir desquels les choses prennent leur place et donc apparaissent pour ce qu’elles sont.

Artificialité et formalisme

La sincérité et l’authenticité est une vertu décisive dans l’accomplissement du rite. Il faut absolument habiter pleinement les formes. La forme du rite est vécue dans le sens positif.

Le rite est un espace où l’on abandonne son ego pour se conformer à une forme.

Dans la méditation, il est préférable de ne pas avoir de but final. Comme dans le karaté, il faut faire mille fois le geste pour qu’il soit juste. Et ensuite, on repose dans le lâcher-prise et on laisse naître le rapport entre le sentiment et le geste. Comme dans la musique, l’accord vient de l’harmonie entre un état intérieur et une forme.

Faire sans attendre de résultat

Parfois cela ne marche pas. Ce n’est pas parce qu’on fait tout ce qu’il faut, que le résultat est là. Le geste ou le rite doit être accompli pour lui-même et non dans l’attente d’un résultat ou d’un retour sur investissement.

L’homme aime spontanément une note juste, un « bel » accord. Un « beau » geste ou rite, c’est une manière juste de se tenir et d’être. Justice n’est pas pris dans son sens légal mais celui de justesse qui contient une notion de sagesse.

L’être humain est sensible à l’accord et le monde rituel est un monde d’accords. Si on veut que le monde sonne en symphonie, il faut former le chef d’orchestre. Les rites sont des notes, la société est un grand orchestre où chaque instrument a un rôle à jouer, sa place.